10 ans après son évasion, Natascha Kampusch raconte sa nouvelle vie
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Son nom demeure associé à l’un des plus retentissants faits divers que l’Autriche ait connus : pendant huit ans, Natascha Kampusch est restée prisonnière de l’homme qui l’avait enlevée sur le chemin de l’école. Dix ans après son évasion, la jeune femme a raconté à BAPTISTE TOUVEREY sa nouvelle vie. Entre ses vieux démons et de ses nouveaux amis qui ne lui veulent pas forcément du bien.
Elle vient de sortir de son joli sac à main deux aiguilles à tricoter. « J’espère que ça ne vous dérange pas » s’enquiert-elle. Et la voilà qui, tout en continuant à répondre à mes questions, se met à confectionner une splendide écharpe en laine orange et grise. Déconcertante. Nous sommes attablés à la Palmenhaus, une serre tropicale transformée en brasserie chic en surplomb d’un des plus beaux jardins de Vienne, pour parler d’elle et de son nouveau livre. Et la jeune femme de 28 ans tricote. « Ça m’apaise », explique-t-elle de sa voix douce, posée, à certains moments à peine audible dans le brouhaha ambiant.
À l’intérieur de la Palmenhaus, les murs n’existent pas, la lumière d’août pénètre à flots à travers les immenses verrières. Natascha Kampusch aime cet endroit. C’est l’exact opposé du cachot de cinq mètres carrés où elle est restée enfermée, de 1998 à sa retentissante évasion de 2006. Enlevée sur le chemin de l’école, à l’âge de 10 ans, par Wolfgang Priklopil – un ingénieur asocial, lecteur de Mein Kampf, maladivement attaché à sa mère comme le personnage d’Anthony Perkins dans Psychose – elle a passé les six premiers mois de sa captivité séquestrée dans cet asphyxiant cube de béton. Puis son ravisseur l’a autorisée à remonter de temps à autre à la surface, dans sa maison de la banlieue viennoise pour en faire son esclave, privée de nourriture, frappée, souvent obligée de dormir ligotée à son geôlier. Au bout de deux ans, elle eut le droit pour la première fois d’aller dans le jardin. C’est à l’occasion d’un des très rares moments où Priklopil relâchait son étroite surveillance, qu’elle trouva la force et le courage de s’enfuir, de s’évader de cette prison qui était aussi devenue une prison mentale. C’était il y a dix ans, le 23 août 2006. Natascha Kampusch avait 18 ans.